Cinq questions pour ne plus recommencer
Un problème réglé qui revient trois mois plus tard n'a pas été résolu. Une méthode simple pour remonter des symptômes aux causes racines ,et arrêter de traiter les mêmes incidents en boucle.
Le problème qui revient
Une machine s'arrête. On la redémarre. Elle s'arrête à nouveau la semaine suivante. On appelle le technicien, il remplace une pièce. Un mois plus tard, rediscussion en réunion : la même machine, le même arrêt.
À aucun moment quelqu'un n'a mal fait son travail. Simplement, chaque intervention a traité le symptôme visible sans jamais atteindre ce qui le produisait.
C'est le scénario que la méthode des 5 pourquoi cherche à éviter.
Le principe, en une phrase
Face à un problème, on demande « pourquoi ? ». À la réponse obtenue, on redemande « pourquoi ? ». Et ainsi de suite, en général cinq fois — d'où le nom.
L'idée est de ne pas s'arrêter à la première explication satisfaisante, parce que la première explication est presque toujours un symptôme.
Un exemple concret
Problème : un opérateur s'est blessé à la main sur un poste d'assemblage.
Pourquoi ? Il a retiré une pièce coincée sans arrêter la machine.
Pourquoi ? L'arrêt complet fait perdre plusieurs minutes de redémarrage.
Pourquoi ? La cadence du poste ne prévoit aucune marge pour ce type d'aléa.
Pourquoi ? La cadence a été calculée sur un fonctionnement nominal, sans intégrer les incidents fréquents.
Pourquoi ? Les remontées terrain sur ces blocages n'ont jamais été formalisées.
La première réponse désignait un geste individuel. La dernière désigne un problème d'organisation et de circulation de l'information. On ne corrige pas la même chose selon l'endroit où l'on s'arrête.
Trois erreurs qui vident la méthode de son sens
S'arrêter à « manque de vigilance »
Dès qu'une réponse pointe un trait de caractère — inattention, négligence, imprudence — c'est le signe qu'il faut continuer. Ces formulations ferment l'analyse au lieu de l'ouvrir.
Chercher un coupable
Si les participants sentent que l'exercice va désigner un responsable, ils protègent. Les réponses deviennent prudentes et l'analyse s'arrête avant d'être utile. Le cadre doit être posé clairement : on cherche des causes, pas des fautifs.
Faire l'exercice sans le terrain
Une analyse conduite entre encadrants décrit le travail tel qu'il est censé se dérouler. Les personnes qui tiennent le poste savent ce qui se passe réellement — sans elles, on reconstruit une fiction cohérente.
Ses limites
La méthode fonctionne bien sur des problèmes à cause dominante. Sur un incident complexe, où plusieurs facteurs se combinent, une chaîne unique de « pourquoi » simplifie trop.
Dans ce cas, on ouvre plusieurs branches en parallèle, ou on passe à des outils plus adaptés — arbre des causes, AMDEC. Les 5 pourquoi restent alors un excellent point de départ, mais pas le point d'arrivée.
Le chiffre cinq lui-même n'a rien de sacré : parfois trois questions suffisent, parfois il en faut sept.
Ce que ça apporte à la prévention
Un DUERP construit à partir d'analyses de ce type ne ressemble pas à un DUERP construit à partir d'une trame générique.
Le premier identifie des situations réelles et des causes actionnables. Le second recense des dangers théoriques. Sur le papier, les deux documents remplissent l'obligation. Sur le terrain, un seul des deux fait baisser les incidents.

IPRP enregistré auprès de la DREETS Occitanie. Expert en prévention des risques professionnels. Formation dans le monde aéronautique et spatial.
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